5 questionnements clés autour du Schéma Directeur Logistique
Insight 6 Fév. 2019

5 questionnements clés autour du Schéma Directeur Logistique

Nombreuses sont les organisations à questionner la pertinence de leur schéma logistique et la bonne organisation de leurs flux. Être au plus près du consommateur, le servir rapidement et à moindre coût, avec un service personnalisés, sont autant de défis qui exercent une pression croissante sur les réseaux logistiques d'aujourd'hui et qui justifient une approche rigoureuse de leur étude et analyse. Une réflexion d’autant plus nécessaire qu'une grande majorité des distributeurs - près de 80% selon nos derniers sondages - et un nombre croissant d’industriels, se livrent déjà à de l’omni-canal. 

1/ La Stratégie d'Entreprise

Les évolutions de réseau logistique sont souvent réalisées sous contraintes, pour palier des déficits de surface de stockage par exemple.

Pour être efficient, le schéma directeur des flux ne peut pas être appréhendé, maillon par maillon, mais dans le cadre d’une vision holistique.

Le schéma directeur, inscrit dans une logique moyen/long terme, a pour objectif de soutenir la réalisation du business plan de l’entreprise. Il nécessite l’implication du top-management en vue d’une lecture transversale des enjeux et opportunités qui se présentent à l’entreprise.

Les évolutions de l’offre et de la demande doivent être intégrées en amont dans les différentes modélisations des scenarios, impliquant une réflexion dans la rupture. Pour les organisations les plus matures, le schéma directeur Supply Chain va même s’accompagner d’une conduite du changement dans d’autres fonctions de l’entreprise, mettant en mouvement tout un ensemble des fonctions de l’entreprise.

En 2018, rien que pour la France, plus de 8 millions de m2 de surface de stockage additionnels ont été mis sur le marché. Un phénomène soutenu par une tendance à la régionalisation des flux tendus.

2/ Le rapport Coût-VA de la Supply-Chain

Lors d’un benchmark récent réalisé auprès d’acteurs de la distribution (enseigne dont le réseau en France représentait au moins 100 magasins), les coûts déclarés des Supply Chains oscillent entre 8 et 15% de la masse Achats. Des écarts de coûts en partie liés aux services offerts par les différentes enseignes.

  • Proposer à des clients ou clients internes une préparation au détail unitaire, par exemple, nécessite une opération de décolisage supplémentaire ce qui augmente de 2 à 3% les coûts de picking.
  • Une promesse de livraison à J+1, permettant à un artisan de passer ses commandes jusqu’à 17h pour être livré le lendemain sur son chantier avant 7h, est également un surcoût qui doit être précisément chiffrée sur le terrain afin permettre aux décideurs d’arbitrer ou non à son maintien au sein de l’offre de service.

 

Attention à l’idée reçue qui consisterait à penser que l’externalisation de la logistique est LA solution pour optimiser le couple coûts / service.

  • Cette approche aura certes l’avantage de faire monter en expertise-métier l’organisation et d’offrir de la flexibilité. Elle peut néanmoins s’avérer décevante. Le markup opéré par les prestataires représente en moyenne entre 5 et 15% d’augmentation par rapport une exploitation en interne.
  • Si les produits manutentionnés présentent de fortes spécificités en termes d’encombrement ou de fragilité, il peut être d’autant plus difficile d’opérer un transfert de savoir-faire de vos équipes logistiques vers les prestataires.

3/ Le juste-nécessaire en matière de Services

Une  lecture opérationnelle des coûts réalisée, l’organisation dispose d’éléments lui permettant de définir le juste niveau de service à proposer. Une amélioration linéaire des délais de livraisons peut s’avérer très coûteuse. L’effort consenti est-il à la hauteur des attentes réelles des clients?

En plus d’une lecture par typologie de produits, la réflexion peut porter sur une segmentation des clients selon leur attractivité. Cette attractivité peut être évaluée selon le niveau de marge ou de croissance du marché en question ou bien encore, selon le potentiel d’accroissement du chiffre d’affaire de ce client.

La définition de la promesse client nécessite une très bonne connaissance du marché. Nous pouvons citer à titre d'exemple ce cas où, sollicités par un sous-traitant cosmétique cherchant à réduire son lead-time de 14 à 10 semaines, des ateliers de travail collaboratifs nous ont permis de mettre en évidence que le délai en cours était parfaitement acceptable par les donneurs d’ordre. Ces derniers étaient en revanche intransigeants sur le respect de cet engagement. Nous avons donc retravaillé l’organisation des flux de manière à sécuriser ce délai, sans exercer des contraintes additionnelles sur le schéma de flux.

4/ Les risques Réseau

Dans les différents scenarios qui sont modélisés, une analyse robuste de sensibilité peut être réalisée afin de vérifier l’impact des hypothèses sur les résultats coûts, qualité et délais.

Qu’ils soient indirects - avec un accroissement de 60% des cas de litige à traiter - ou bien directs - avec l’application de pénalités dans plus d'1 cas sur 2 - une mauvaise anticipation des risques entraîne des surcoûts très conséquents !

Ils peuvent même aller jusqu’à la perte de clients dans 30% des cas. Certains risques sont relativement bien appréhendés par les industriels, comme le risque fournisseurs qui apparaît désormais quasi systématiquement dans les grilles d’évaluation de modèle, ou bien encore les risques pays qui donne lieu, par la société américaine d’assurance dommages FM Global, à un classement mondial reconnu et partagé

D’autres paramètres sont en revanche beaucoup plus difficiles à modéliser car souvent méconnus.

En tout premier lieu, on retrouve le risque réglementaire. Par exemple, les évolutions de taxation douanière représentent un facteur très perturbant des Supply Chain dans notre paradigme d’économie mondialisée. Plus proche et plus concrète, la menace de taxation qui pèse sur le transport frigorique se pose comme une épée de Damoclès sur les schémas de flux logistiques avec des coûts au km qui pourraient aller jusqu’à tripler.

Les analyses multicritères et les ateliers de travail menés dans le cadre d’étude de schéma directeur permettent de retenir le scénario qui maximisera les bénéfices en limitant au mieux les risques. Les organisations les plus résilientes travaillent sur la base de scénarios « what if » afin de bâtir un plan de continuité d’activité et de sécuriser la mise en place de backups rapides.

5/ Les impacts d'une transition vers un nouveau schéma des flux

Un plan de transition s’inscrit en général sur une période 2 à 3 ans. C’est le temps nécessaire pour permettre à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur d’adapter leur métier à ce nouveau schéma. Il est primordial que les chantiers identifiés impliquent l’ensemble de l’organisation, la réussite du projet n’incombant pas à la seule Supply Chain. Le rôle crucial des SI dans ces chantiers est évident et requiert le bon niveau de compétences techniques (interne ou externe).

  • Un des facteurs clés de succès lors de l’évolution du schéma directeur réside dans la bonne évaluation des ressources nécessaires et un pilotage agile des potentiels goulots d’étranglement qui menacent le projet. Le planning d’économies et bénéfices sera ainsi systématiquement mis en relation avec un plan de ressources afin d’en avoir une lecture réaliste des impacts P&L à court et moyen termes
  • L’ensemble de l’organisation et des partenaires doivent être alignés sur le schéma de flux cibles qui permettra soit d’inscrire l’organisation dans une nouvelle dynamique, soit en cas de d’échec d’accélérer son déclin. Les priorités et le phasage des chantiers font partie intégrante du schéma directeur.
  • Tous les industriels s’accordent sur le fait qu’une des clés de la réussite d’un projet d envergure est de faire partager la responsabilité à l’ensemble des collaborateurs impactés, qu’il s’agisse des opérationnels de la Supply Chain, des fonctions marketing, achat ou bien encore financières.
  • Tous doivent être convaincus de la démarche pour porter le projet en interne mais également auprès des clients. En effet, avec la digitalisation de l’acte d’achat des consommateurs, nul doute que le schéma directeur Supply Chain est plus que jamais un élément stratégique différenciant pour l’entreprise.

 

Précautions préalables à la définition d'un schéma de flux optimal

De nombreuses solutions de Network Design existent pour soutenir la réflexion stratégique. Mais la tentation du raccourci qui consiste à penser que c’est l’outil qui donnera les réponses doit être combattue. L’utilisation de telles solutions est bien souvent limitée par le niveau et la granulométrie des données accessibles.

Rien ne saurait remplacer les ateliers collaboratifs entre les métiers en vue d’une analyse pertinente et d’une juste-appropriation de la démarche. Il s’agit d’un pré-requis à toute démarche d’optimisation du Schéma Directeur Logistique.