Schéma Directeur Logistique: les 5 bonnes questions à se poser

Nombre de nos clients s’interrogent sur la pertinence de leur schéma logistique et souhaitent challenger l’organisation de leur flux pour répondre aux enjeux de réactivité et d’efficience imposés par le marché. Cette réflexion est d’autant plus nécessaire que la plupart des distributeurs (plus de 80% selon les derniers sondages) et un nombre croissant d’industriels livrent désormais la bataille de l’omnicanal. Être au plus près du consommateur, le servir rapidement et à moindre coût, avec un service personnalisé… autant de défis qui exercent une pression forte sur les réseaux logistiques et qui contraignent les acteurs à repenser leur organisation. Combien d’entrepôts et où les positionner ? Quelle stratégie de stockage associée ? Quel mode de distribution ?  

Très souvent, les évolutions de réseau logistique sont réalisées sous contraintes, pour palier des déficits de surface de stockage par exemple. Sur la France, ce sont ainsi plus de 8 millions de m2 de surface de stockage additionnels qui ont été mis sur le marché en 2018 par une quarantaine d’acteurs logistiques. Cette démarche est poussée par une tendance globale à la régionalisation des flux tendus.

Or, pour être efficient, le schéma directeur des flux ne peut pas être appréhendé de façon opportuniste, maillon par maillon, mais bien dans une approche holistique. Le schéma directeur s’inscrit dans une logique moyen/long terme et a pour objectif de soutenir la réalisation du business plan de l’entreprise. Il nécessite pour cela l’implication du top management afin d’avoir une lecture transversale des enjeux et opportunités qui se présentent à l’entreprise. Les évolutions de l’offre et de la demande devront être intégrées en amont dans les différentes modélisations des scenarios, impliquant une réflexion dans la rupture.

Dans les organisations les plus matures, le schéma directeur Supply Chain va même servir à tirer la conduite du changement dans d’autres fonctions de l’entreprise, car il met en mouvement l’ensemble des fonctions de l’entreprise

Lors d’un benchmark récent réalisé auprès d’acteurs de la distribution (enseigne dont le réseau en France représentait à minima 100 magasins), les coûts déclarés de leur Supply Chain oscillaient entre 8 et 15%.  Ces écarts de coûts sont en partie liés aux services spécifiques offerts par les différentes enseignes. Par exemple, le fait de proposer à ses clients et/ou magasins une préparation au détail unitaire, nécessitant ainsi une opération de décolisage, augmente structurellement les coûts de picking de 2 à 3%.  Sans parler des coûts induits par une promesse clients à J+1, permettant à un artisan de passer ses commandes à 17h pour être livré le lendemain sur son chantier avant 7h… Autant de surcoûts qui doivent être chiffrés précisément sur le terrain pour permettre au décideur de prendre les bons arbitrages en termes d’offre de service.  

Attention à l’idée reçue qui consisterait à penser que l’externalisation de la logistique est LA solution pour optimiser le couple coûts / service. Elle aura certes l’avantage de faire monter en expertise métier et offrir de la flexibilité, mais elle peut parfois s’avérer décevante. Le markup opéré par les prestataires représente en moyenne entre 5 et 15% d’augmentation par rapport une exploitation en interne. Par ailleurs, si les produits manutentionnés présentent de fortes spécificités en termes d’encombrement par exemple, ou de fragilité, il est fort à parier que vos équipes logistiques actuelles disposent d’une expertise qu’il sera difficile ou très couteux de retrouver chez les acteurs du marché.

Une fois cette lecture opérationnelle de vos coûts réalisée, vous aurez les éléments en main pour définir le juste niveau de service que vous souhaitez proposer. Par exemple, l’amélioration linéaire des délais de livraisons peut s’avérer extrêmement coûteuse et parfois complètement inutile par rapport aux attentes réelles de vos clients ou prospects.

En plus d’une lecture par typologie de produits, la réflexion devra également porter sur une segmentation des clients selon leur attractivité. Cette attractivité peut être évaluée selon le niveau de marge ou de croissance du marché en question ou bien encore, selon le potentiel d’accroissement du chiffre d’affaire de ce client.

Exemple de matrice

La définition de la promesse client nécessite une très bonne connaissance du marché. A titre d’exemple, nous avons récemment été sollicités par un sous-traitant cosmétique pour réduire son lead-time de 14 à 10 semaines sur le marché. Des ateliers de travail collaboratifs nous ont permis de mettre en évidence que le délai actuel était parfaitement acceptable par les donneurs d’ordre. Ces derniers étaient en revanche tout-à-fait intransigeants sur le respect de cet engagement. Nous avons donc retravaillé l’organisation des flux pour sécuriser ce délai, sans exercer des contraintes additionnelles sur le schéma de flux.

Dans les différents scenarios qui seront modélisés, une analyse robuste de sensibilité doit être réalisée afin de vérifier l’impact des hypothèses sur les résultats coûts, qualité et délais. Une mauvaise anticipation des risques entraîne des surcoûts très conséquents, qu’ils soient indirects à travers le traitement de litiges dans 60% des cas ou bien directs avec l’application de pénalités dans plus de 1 cas sur 2. Ils peuvent même aller jusqu’à la perte de clients dans 30% des cas. Certains risques sont relativement bien appréhendés par les industriels, comme le risque fournisseurs qui apparaît désormais quasi systématiquement dans les grilles d’évaluation de modèle, ou bien encore les risques pays qui donne lieu, par la société américaine d’assurance dommages FM Global, à un classement mondial reconnu et partagé

D’autres paramètres sont en revanche beaucoup plus difficiles à modéliser car souvent méconnus.  

En tout premier lieu, on retrouve le risque réglementaire. Par exemple, les évolutions de taxation douanière représentent un facteur très perturbant des Supply Chain dans notre paradigme d’économie mondialisée. Plus proche et plus concrète, la menace de taxation qui pèse sur le transport frigorique se pose comme une épée de Damoclès sur les schémas de flux logistiques avec des coûts au km qui pourraient aller jusqu’à tripler. Les analyses multicritères et les ateliers de travail menés dans le cadre d’étude de schéma directeur permettent de retenir le scénario qui maximisera les bénéfices en limitant au mieux les risques. Les organisations les plus résilientes travaillent sur la base de scénarios « what if » afin de bâtir un plan de continuité d’activité et de sécuriser la mise en place de backups rapides. 

Le plan de transition s’inscrira en général dans une période 2 à 3 ans pour permettre à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur d’adapter leur métier à ce nouveau schéma. Il est primordial que les chantiers identifiés impliquent l’ensemble de l’organisation, la réussite du projet n’incombant pas à la seule Supply Chain. Le rôle crucial des SI dans ces chantiers est évident et requiert le bon niveau de compétences techniques (interne ou externe).  Un des facteurs clés de succès lors de l’évolution du schéma directeur réside dans la bonne évaluation des ressources nécessaires et un pilotage agile des potentiels goulots d’étranglement qui menacent le projet. Le planning d’économies et bénéfices sera ainsi systématiquement mis en relation avec un plan de ressources afin d’en avoir une lecture réaliste des impacts P&L à court et moyen termes

L’ensemble de l’organisation et des partenaires doivent être alignés sur le schéma de flux cibles qui permettra soit d’inscrire l’organisation dans une nouvelle dynamique, soit en cas de d’échec d’accélérer son déclin. Les priorités et le phasage des chantiers font partie intégrante du schéma directeur. Tous les industriels s’accordent sur le fait qu’une des clefs de la réussite d’un projet d’une telle envergure est de faire partager la responsabilité à l’ensemble des collaborateurs impactés, qu’il s’agisse des opérationnels de la Supply Chain, des fonctions marketing, achat ou bien encore financières. Tous doivent être convaincus de la démarche pour porter le projet en interne mais également auprès des clients. En effet, avec la digitalisation de l’acte d’achat des consommateurs, nul doute que le schéma directeur Supply Chain est plus que jamais un élément stratégique différenciant pour l’entreprise.

En résumé…

Toutes ces questionnements sont indispensables si l’on souhaite définir un schéma de flux optimal. Des nombreuses solutions de network design existent pour soutenir cette réflexion stratégique mais attention au raccourci qui consisterait à penser que c’est l’outil qui donnera les réponses. Son utilisation est d’une part bien souvent limitée par le niveau et la granulométrie des données accessibles, et il ne saurait remplacer les ateliers collaboratifs entre les métiers. Une fois défini, le schéma directeur devra être ensuite être challengé régulièrement tant les paramètres internes et externes influençant cet équilibre sont nombreux.