La baisse du fret aérien, une aubaine pour les compagnies aériennes commerciales?

DUBAI, UNITED ARAB EMIRATES - SEPTEMBER 6, 2018: Emirates Boeing 777 Airliner ground handling at Dubai Internation Airport, loading unit load devices into the cargo hold.

Le fret aérien : situation et acteurs

Mauvais temps pour le fret aérien. En juin 2019, le trafic mondial a enregistré une chute de 4,8% en tonnes par kilomètres transportées (TKT) par rapport à la même période en 2018 (1). L’Association Internationale du Transport Aérien (IATA) attribue ce déclin à la hausse des prix du kérosène, aux tensions commerciales sino-américaines et aux manifestations Hongkongaisesqui avait contraint le premier aéroport mondial de cargo à fermer temporairement.

Contrairement aux idées reçues, la baisse du trafic touche autant les airlines commerciales que les airlines tout-cargo.

En effet, près de 70% du fret aérien mondial (en TKT) est transporté dans les soutes d’avions commerciaux. Le top 10 des transporteurs de fret est d’ailleurs occupé par 7 compagnies commerciales contre seulement 3 spécialistes cargo.

Chez les compagnies commerciales, le fret constitue entre 10 à 20% des revenus. Pour pallier la perte de vitesse du fret, ces dernières devront davantage capitaliser sur le revenu passager pour assurer leur croissance.

Les zones fret des avions commerciaux deviennent donc une source additionnelle de revenu à exploiter.

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L’innovation proposée par Airbus et Safran

En mars 2018, Airbus et Zodiac Aerospace (désormais Safran Cabin) ont annoncé un partenariat pour le développement et la commercialisation de modules passagers situés dans le pont inferieur des A330 – espace jusqu’alors réservé à la soute à bagages et au cargo.

Le duo laisse entrevoir des modules couchettes, lounge, espaces pour enfants et salles de réunion. Safran Cabin, qui réalise déjà des modules de repos pour le personnel à bord, souhaite étendre ces services aux passagers à horizon 2020. Cette offre de confort supplémentaire s’inscrit dans le cadre du retour des vols très long courrier avec l’arrivée d’avions capables de couvrir des distances jusqu’alors inatteignables (A350-900 ULR et 777-8X).

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© Airbus SAS 2017 – All rights reserved.

Les modules de passagers seront facilement interchangeables avec les conteneurs de fret ordinaire et constitueront une alternative pour combler le pont inferieur cargo vacant lié à la baisse du trafic fret. Ces nouveaux services, commercialisés sous forme d’option payante, arrivent à point nommé pour les compagnies aériennes désireuses d’optimiser chaque m2 de leurs avions. 

© Airbus SAS 2017 – All rights reserved.

En plus de constituer une source de revenus alternative lorsque la demande cargo est basse ou pas assez rentable sur certaines lignes, les pods permettent aux compagnies aériennes de différencier leurs offres et d’«upgrader» leur niveau de service à moindre coût, sans modification structurelle des sièges et de la cabine.

La solution présente l’avantage d’une grande flexibilité avec la possibilité d’optimiser pour chaque vol l’équilibre passager/cargo : jusqu’à quatre modules peuvent être chargés en fonction des demandes passager et cargo. En sus, le design et l’agencement des modules seront disponibles en linefit (lors de la fabrication de l’avion) ou en retrofit (post-assemblage).

Si le concept suscite un clair intérêt commercial – AirFrance-KLM se dit intéressé pour équiper ses A330 – il doit néanmoins être validé par l’Agence Européenne de Sécurité Aérienne et la FAA américaine. Dès lors, les modules deviendront un levier de profitabilité supplémentaire dans une industrie où le profit moyen par passager par an (6.12$) ne dépasse pas le prix d’un Big Mac en Suisse (3).